Bassin d'iria. Octobre 2025, BRIEUC D'AUBIGNY

Le contraste entre une infrastructure d’irrigation collective et l’exploitation individuelle des nappes phréatiques révèle aujourd’hui les tensions croissantes autour de la gestion de l’eau dans la plaine d’Argos. ‎ Le canal d’Anavalos, colonne vertébrale de l’irrigation locale, s’étend sur plus d’une centaine de kilomètres et alimente près de 17 000 hectares de cultures. Son fonctionnement repose sur une ingénierie complexe : l’eau, issue d’une rivière karstique des montagnes d’Arcadie, est captée au barrage de Kiveri avant d’être relevé à 40 mètres de hauteur traversant la montagne par canalisation et redescend naturellement en suivant la pente de la plaine. Autour de ce réseau s’organise un système de stockage et de redistribution. Sept grands bassins jalonnent la branche principale, complétés par une cinquantaine de réservoirs secondaires, pour une capacité totale de 161 600 m³. Le bassin de Mýloi, le plus important, atteint à lui seul 26 600 m³. Des stations de redistribution permettent ensuite d’acheminer l’eau directement vers les exploitations agricoles.

Bassin de Myloi. Octobre 2025. BRIEUC D'AUBIGNY


Mais cette infrastructure montre aujourd’hui des signes de vieillissement préoccupants. Le barrage de Kiveri présente une défaillance majeure qui entraîne une salinisation de l’eau distribuée. Ce phénomène a des conséquences directes sur les sols et les rendements agricoles. Les pertes observées au niveau du bassin de Myloi et dans d’autres sections du réseau aggravent la situation : autrefois capables de freiner l’avancée du sel, ces fuites contribuent désormais à son installation durable dans la plaine.

Salinisation des sols par les pertes de l'infrastructure. BRIEUC D'AUBIGNY

En parallèle à ce système, de nombreux agriculteurs se sont tournés vers le pompage des nappes phréatiques. Des puits et forages se sont multipliés à travers toute la région, notamment en réponse aux sécheresses de plus en plus fréquentes. ‎ Cependant, cette stratégie s’avère elle aussi problématique. L’exploitation intensive des aquifères dépasse largement leur capacité de recharge naturelle. Pour continuer à accéder à l’eau, les forages doivent être creusés toujours plus profondément, ce qui augmente considérablement les coûts d’installation et d’exploitation. Afin de rendre ces investissements supportables, les agriculteurs se regroupent souvent en associations familiales ou de voisinage. Malgré cela, la rentabilité reste incertaine, voire inaccessible, en raison de la baisse continue du niveau des nappes.

Pompes. Octobre 2024. BRIEUC D'AUBIGNY

 "Outside town, in fields dried by two years of drought, farmers dig up to 300 metres below the surface in search of water. It often comes up too salty because sea water has seeped into depleted underground aquifers." "Every drop of water is indispensable... We pin our hopes on rainy winters," 

— said farmer George Mavras. on Reuters

À ces difficultés économiques s’ajoute une dégradation préoccupante de la qualité de l’eau. L’usage intensif de pesticides entraîne une infiltration massive de nitrates dans les aquifères. Combinée à la salinisation progressive liée à la surexploitation, cette pollution rend l’eau impropre à la consommation et fragilise durablement les ressources locales. ‎ Ainsi, la plaine d’Argos se retrouve prise entre deux systèmes en crise : une infrastructure collective vieillissante et un recours individuel aux nappes qui accélère leur épuisement. Ce double constat met en lumière l’urgence d’une gestion durable et coordonnée de l’eau, seule capable de préserver à la fois l’agriculture et les ressources naturelles de la région.