Athènes – Ce 13 février 2026, des milliers de personnes s’étaient rassemblées devant le Parlement de la Grèce, tandis que près de soixante‑dix tracteurs envahissaient le cœur d’Athènes pour exiger une réponse plus ferme du gouvernement à la crise qui frappe le secteur agricole. Ce ras‑de‑marche, l’un des plus imposants depuis plusieurs mois, marque la reprise d’un mouvement de contestation entamé à la fin de l’année 2025 et auquel les agriculteurs refusent de mettre fin tant que leurs demandes ne seront pas pleinement satisfaites.
Les enquêtes menées depuis 2018 sur la fraude aux subventions agricoles européennes évoquent un préjudice estimé à plus de 22.67 millions d’euros¹, avec des pratiques de faux dossiers de surfaces agricoles ou de troupeaux. Le 22 avril 2026, le Parlement grec a officiellement levé l’immunité de plusieurs députés membres de la majorité Nouvelle Démocratie, mis en cause dans une gigantesque fraude aux subventions agricoles européennes.
Parmi les demandes de subventions figuraient des plantations de bananes sur le mont Olympe , des oliveraies sur des bases aéroportuaires militaires et des pâturages pour moutons en mer.
Cette décision intervient après une demande de la procureure européenne, qui soupçonne un réseau d’avoir détourné des dizaines de millions d’euros d’aides depuis plusieurs années, notamment via des fausses déclarations de surfaces agricoles et de troupeaux, passant par l’organisme OPEKEPE chargé de la gestion des
aides.²
La levée de l’immunité ouvre désormais la voie à leur poursuite pénale,
dans un contexte où les agriculteurs grecs, déjà frappés par des retards de
paiement liés à ce scandale, continuent de dénoncer à la fois la corruption et
la fragilité de leur revenu
Depuis la fin novembre 2025, les routes, les postes‑frontières
et certains aéroports ont régulièrement été bloqués par des convois de
tracteurs venus de tout le pays. Les agriculteurs déplorent une crise
économique profonde, nourrie par la hausse des coûts de l’énergie, des retards
massifs dans les versements des aides européennes et une baisse durable de
leurs revenus. Dans cette colère, les éleveurs pèsent aussi la conséquence de
l’abattage de plus de 470 000 moutons et chèvres, contraints par une épidémie
de variole ovine.
Malgré un apaisement relatif en janvier 2026, lorsque les
barrages ont été partiellement levés après des promesses gouvernementales, la
grogne n’a jamais vraiment disparu. Les syndicalistes insistent sur la promesse
formulée à Athènes : « Nous continuerons le combat jusqu’au bout », martelait
le responsable agricole Costas Tzelas devant la foule rassemblée sur la place
Syntagma, selon un article de l’AFP.
Les manifestants réclament aujourd’hui plus qu’un simple coup de pouce ponctuel. Ils exigent des allègements fiscaux, une réduction des prix de l’énergie destinée aux exploitations, ainsi qu’un soutien accru aux revenus déjà fragilisés par les importations à bas coût, notamment en provenance de Bulgarie et d’Ukraine. Les organisations agricoles soulignent aussi que les consommateurs grecs ont été confrontés à des pénuries de produits laitiers et de viandes, une situation dont ils estiment que les éleveurs ne doivent pas sortir seuls responsables. Au‑delà de la seule question des subventions, les paysans grecs appellent à une réforme plus globale de la politique agricole nationale, jugée insuffisante face à la crise climatique et aux écarts croissants entre producteurs et distributeurs. Les syndicats reprochent également au gouvernement de ne pas avoir suffisamment sanctionné les responsables du scandale plutôt que des «vrais paysans ». Le gouvernement grec a déjà annoncé plusieurs mesures : aides supplémentaires, allègements sur l’énergie agricole et réductions de TVA sur certains intrants. Les autorités insistent sur les limites budgétaires, affirmant ne pas pouvoir aller beaucoup plus loin sans mettre en péril les équilibres macroéconomiques du pays. Pourtant, cette réponse n’a pas convaincu les syndicats, qui continuent à maintenir la pression et à se préparer à d’autres mobilisations, y compris la possibilité d’une grève nationale de solidarité.
1 : Greek farmers pocket over 22 million euros in EU farm aid fraud, minister says. Septembre 2025. REUTERSURL : https://www.marketscreener.com/news/greek-farmers-pocket-over-22-million-euros-in-eu-farm-aid-fraud-minister-says-ce7c50d3df8ffe25?utm_source=copy&utm_medium=social&utm_campaign=share
2 : It’s the big fat Greek farming scandal – devised by the political elite and paid for by ordinary people. septembre 2025. ALEXANDER CLAPP.
URL : https://www.theguardian.com/commentisfree/2025/sep/05/greek-farming-political-elite-eu-subsidy-scandal-greece?CMP=share_btn_url