Orangers, octobre 2025, BRIEUC D'AUBIGNY

L’agriculture grecque a connu des transformations profondes, passant d’une exploitation de subsistance reliée à la « triade méditerranéenne » (céréales, olivier, vigne) à une production de plus en plus spécialisée, soumise aux enjeux de l’Union européenne, du changement climatique et de la modernisation technique. On observe aujourd’hui une tension entre modernisation, marché international et maintien de systèmes paysans locaux, avec une accentuation de la spécialisation autour de quelques productions à haut rendement. Traditionnellement, l’agriculture grecque s’appuie sur la triade céréales–olivier–vigne¹, complétée par légumes, légumineuses et élevage ovin–caprin. Face à des sols souvent médiocres et à une forte contrainte hydrique, les pratiques anciennes (assolement biennal, jachère, polyculture, conduite de bestiaux sur les cultures ou en jachère) visaient à sécuriser la subsistance plutôt qu’à maximiser la production.

Champs variés, octobre 2025, BRIEUC D'AUBIGNY

À partir du XIXᵉ siècle, l’agriculture grecque se modernise lentement, avec l’introduction de nouvelles cultures, de techniques plus mécanisées et une meilleure intégration au marché national. Les évolutions démographiques, l’urbanisation et l’essor de l’industrie commencent à réduire la part des ruraux, mais la plupart des exploitations restent petites et familiales, avec une forte dépendance au travail manuel. L’adhésion de la Grèce à l’Union européenne en 1981 marque un tournant majeur : suppression des barrières douanières, accès aux fonds de la Politique agricole commune (PAC) et hausse modérée des revenus agricoles. La production augmente légèrement (blé, maïs, betteraves, coton, huile d’olive, viande caprine), mais l’agriculture grecque reste confrontée à une faible productivité structurelle et à la concurrence des grandes régions productrices européennes.

Agroindustrie d'huile d'olive

Cependant, à Argos, une transition majeure s’est enclenchée avec le développement de l’infrastructure d’irrigation. Les champs d’orangers ont remplacé le blé et ces plantations, bien plus couteuses en eau ont largement transformé la plaine. L’olive reste un pilier de l’agriculture argolique mais assume désormais une seconde place bien marquée. La Grèce se positionne comme l’un des principaux producteurs mondiaux d’huile d’olive, avec un accent croissant sur les qualités « biologiques » et « territoriales » pour se différencier sur les marchés européens. Au cœur de la plaine on trouve de nombreuses usines agroalimentaires qui travaillent l’orange et l’oliver, pour en faire du jus ou de l’huile. Le climat méditerranéen déjà aride est de plus en plus contraint par la sécheresse, les chaleurs extrêmes et la raréfaction des ressources en eau pour l’irrigation. Les événements climatiques extrêmes renforçent les incertitudes sur la durabilité du modèle productif actuel.

1 : La plaine d'Argos, répercussions socio-économiques d'une spécialisation agricole. 1973. HECTOR J.