En Grèce, les TOEB (ou TOEV) – Organisations d'Amélioration des Terres et d'Irrigation (en grec : Τοπικοί Οργανισμοί Εγγείων Βελτιώσεων, Topikoi Organismoi Eggeion Veltioseon) – sont des coopératives agricoles publiques et à but non lucratif chargées de la gestion des ressources en eau pour l'irrigation. Créées en 1958 sous le soutien technique des Organisations Générales pour les Améliorations Hydrauliques (GOEB), elles supervisent les stations de pompage, barrages, canaux, réseaux de pipelines et réservoirs sur des millions d'hectares de terres agricoles. La Grèce compte plus de 450 TOEV¹, essentielles pour répondre aux besoins en eau de vastes zones agricoles, particulièrement à Argos où l'agriculture consomme 83% de l'eau disponible. En Argolide, confrontée à des sécheresses récurrentes dues au changement climatique, ces entités maintiennent des coûts d'irrigation abordables via des cotisations de leurs membres élus démocratiquement, sans alourdir le budget de l'État. Depuis les années 1990, les TOEV ont perdu leur soutien technique centralisé et dépendent davantage des collectivités locales, aggravant leurs difficultés face aux coûts croissants et à l'entretien défaillant des infrastructures.² L’Argolide est particulièrement touchée : le manque de financements pour les rénovations a ralenti les opérations de modernisation. Les agriculteurs doivent financer jusqu’à 60% des travaux, l’État grec ne couvrant que les 40% restants après validation ministérielle. Ce modèle communautaire, autrefois efficace, se trouve aujourd’hui fragilisé par une rentabilité insuffisante et l’obsolescence critique des équipements hydrauliques.
À Argos, le fonctionnement des TOEV repose sur une organisation locale structurée autour d’assemblées d’usagers, d’agriculteurs. Ces derniers élisent un conseil d’administration chargé de fixer les tarifs de l’eau, planifier les tours d’irrigation et assurer la maintenance des infrastructures. L’eau est distribuée via le réseau d’Anavalos, où des hydronomes contrôlent les échanges entre le canal principale et les multiples branches parcourant la plaine. Cependant, ce système fait face à plusieurs limites structurelles. Les pertes d’eau dans les réseaux anciens peuvent atteindre des niveaux élevés, en raison de fuites majeures sur chaque site d’échange. Par ailleurs, le coût énergétique du pompage, fortement dépendant du prix de l’électricité, pèse de plus en plus sur les finances des agriculteurs. À cela s’ajoute une gestion parfois fragmentée, où le manque de coordination entre TOEV voisins complique l’optimisation globale de la ressource.
1 : Comunity led actions in water manadgement on greek islands. 2024. ELENI KYRIACOU.URL : https://www.altercontacts.org/publications/towards-circular-2024/gr-sd-3
2 : Newsroom. Κρήτη: Αντιδράσεις των ΤΟΕΒ για την ιδιωτικοποίηση της άρδευσης. cna.gr. 2024.URL : https://www.cna.gr/crete/kriti-antidraseis-ton-toev-gia-tin-idiotikopoiisi-tis-ardeysis/