Avec ses ruelles pavées, ses façades vénitiennes et ses terrasses baignées de lumière, Nauplie incarne depuis longtemps une forme d’évidence touristique grecque. Située au cœur de l’Argolide, cette ville de 17 000 habitants voit sa population presque doubler à la haute saison, attirant chaque année plusieurs centaines de milliers de visiteurs, majoritairement grecs.
La ville concentre ainsi l’essentiel de l’activité touristique régionale. Ses forteresses, ses places ombragées et son front de mer composent un paysage immédiatement identifiable. À quelques kilomètres, les grands sites antiques d’Argos, de Mycènes ou de Tirynthe prolongent cette attractivité en offrant une plongée dans l’antiquité Grecque bien connue.
Mais derrière cette façade prospère, le tourisme peine à
irriguer l’ensemble du territoire argolien. À mesure que l’on s’éloigne du
littoral, la fréquentation s’amenuise brutalement. Les routes qui serpentent
entre les orangeraies ne sont que rarement empruntées par les visiteurs, et les
villages du nord de la plaine restent en marge des circuits classiques. Là, ni
flux organisé, ni économie touristique structurée : seulement une ruralité
discrète, largement absente des représentations.
C’est dans ces interstices que se sont aventurés des
étudiants de l’École nationale supérieure d’architecture de Paris-Malaquais.
Venus observer les dynamiques territoriales de la région, ils ont exploré ces
marges ignorées, suivant notamment le cours artificiel de l’Anavalos,
infrastructure hydraulique essentielle qui redistribue l’eau dans la plaine. Le
long de ce canal, les paysages révèlent une autre Argolide : celle d’un
territoire façonné par l’irrigation, où les vergers d’agrumes côtoient des bassins
de béton, vestiges modernes d’une maîtrise de l’eau toujours fragile.
Dans la plaine de lerna, ces « lacs » artificiels s’inscrivent entre les oliviers, presque invisibles depuis les axes principaux. Plus au nord, entre Mýloi et Kefalari, une source karstique asseché, dissimulé sous une église orthodoxe remarquable. Pourtant, ces lieux restent absents des parcours touristiques, faute d’aménagements adaptés. Les liaisons cyclables, par exemple, demeurent embryonnaires, empêchant l’émergence d’un tourisme lent qui permettrait de révéler ces paysages.
Ce décalage pose la question d’un modèle touristique concentré, où quelques pôles captent l’essentiel des flux et des investissements. Car au-delà de son invisibilité, ce territoire agricole est aussi vulnérable. Le changement climatique accentue la pression sur les ressources en eau, tandis que les infrastructures hydrauliques, vieillissantes, nécessitent un entretien constant. Leur dégradation compromettrait directement l’irrigation de la plaine, et donc la pérennité de ce « jardin » argolien.